Conseil féministe

Le Conseil féministe de la SPS vise à la fois à :

  1. lutter contre les discriminations de genre et le harcèlement envers les femmes et les groupes sous-représentés dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche académique, en particulier dans le domaine de la philosophie des sciences ;
  2. mieux faire connaître la philosophie féministe des sciences et contribuer à son développement.

La philosophie des sciences ne fait pas exception face aux discriminations de genre et aux situations de harcèlement. Comme ailleurs, de nombreuses personnes y sont confrontées, et cette situation se trouve malheureusement renforcée par la crise de la précarité que connaît le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche académique.

Afin de remédier à cette situation défavorable, des organisations destinées spécifiquement aux femmes ont été créées dans les sociétés de philosophie universitaires. Il existe ainsi un Women’s Caucus à l’European Philosophy of Science Association (http://philsci.eu/womens-caucus), à la Philosophy of Science Association (https://womenscaucus.philsci.org/), ou encore à l’History of Science Society (https://hssonline.org/about/groups/womens-caucus/).

Le Conseil féministe de la SPS se place dans la continuité de ces organisations, tout en se voulant explicitement plus inclusif. Nous ne souhaitons pas seulement inclure dans cette initiative les femmes cisgenres (c’est-à-dire les femmes dont le genre correspond à celui qui leur a été assigné à la naissance). Nous souhaitons faire du Conseil féministe un conseil destiné à toutes les personnes qui subissent des discriminations ou font face à du harcèlement en raison de leur genre, incluant les femmes cisgenres et transgenres, les personnes intersexes, les hommes transgenres et les personnes non-binaires. Le Conseil féministe reste néanmoins conscient que les biais prennent une forme spécifique selon les identités de genre. Le Conseil féministe cherche à prendre en considération l’ensemble des préjudices vécus dans leurs particularités et dans leurs éventuelles intersections avec les biais racistes, LGBTQIAphobes et validistes. Il souhaite opérer dans le respect de l’ensemble des sensibilités, des courants de pensée, et des approches de luttes féministes. L’établissement de ce conseil est une initiative du Conseil d’administration de la SPS, votée et approuvée par ses membres en réunion plénière.

Les biais de genre, la précarité dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche académique, mais aussi les injustices épistémiques, sont autant de paramètres liés qui pèsent sur la place, le parcours et la carrière des femmes et des groupes sous-représentés en philosophie des sciences. La précarité favorise le risque de discrimination et de harcèlement. Le manque de postes touche en premier lieu ces groupes sous-représentés ainsi que celles et ceux qui s’engagent dans des recherches féministes et études sur le genre. Ces études s’avèrent peu mobilisées et sont peu reconnues par notre discipline alors même qu’elles peuvent être pertinentes en dehors des questions épistémologiques que soulèvent les biais de genre dans les sciences. Plus généralement, le travail des groupes sous-représentés est toujours fortement invisibilisé, dévalorisé ou simplement écarté, notamment en France.

À titre illustratif, dans le seul cas des femmes, les données[i] de la SPS indiquent 9 candidatures au prix Jeunes chercheurs et jeunes chercheuses (JCJC) qu’elle organise en 2019-2020 sur 32 candidatures au total (soit 28% des candidatures) ; 23 membres de la SPS (cotisation à jour en 2018 ou après) sur 85 membres au total (soit 27%), parmi lesquels 11 sont des jeunes chercheuses et 12 des chercheuses confirmées. Cela confirme les craintes exprimées dans la tribune des PhilosophEs de 2018 dans le contexte français (Combien de philosophEs ? Libération, 16 octobre 2018, https://www.liberation.fr/debats/2018/10/16/combien-de-philosophes_1685772). [ii]

Le Conseil féministe de la SPS a pour objectif d’identifier et de soutenir la réparation des injustices silencieuses opérant encore au sein de notre communauté. Plus précisément, il s’agit d’identifier les formes discriminatoires liées au genre, dont les étudiant·e·s, les chercheur·se·s et les enseignant·e·s-chercheur·se·s peuvent être victimes, et de préparer aux actions pour y remédier.

À cette fin, la SPS s’engage à organiser lors de ses prochains congrès une réunion informelle entre femmes et autres groupes sous-représentés. L’objectif y est de faire connaissance, de créer un réseau d’entraide et de collaboration et de discuter ensemble des problèmes rencontrés dans le milieu académique.

Une première réunion fondatrice est susceptible d’avoir lieu avant la fin 2020. Elle aura pour but de définir plus précisément les actions que le conseil devra mettre en œuvre. Une autre réunion aura lieu lors du congrès de la SPS en septembre 2021 à l’Université de Mons, en Belgique. Elle aura pour thème « Précarité et sexisme à l’université »– le lien entre ces deux problèmes s’étant renforcé ces dernières années. Nous tenons ainsi à rappeler le triste constat réalisé récemment par le collectif des précaires de l’ESR : « De telles conditions de travail dans un secteur désinvesti par les financements publics conduisent à considérer les non-titulaires de l’ESR comme des objets — y compris sexuels, comme le prouvent tristement les nombreuses révélations de viols et d’agressions sexuelles à l’encontre d’étudiant·es et de doctorant·es ». (Précaires de l’enseignement et de la recherche: on ne soutient pas la grève, on la fait ou on l’empêche, par le collectif de précaires de l’ESR, Le blog de Mediapart, 30 janvier 2020  https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/300120/precaires-de-l-enseignement-et-de-la-recherche-ne-soutient-pas-la-greve-la-fait-ou-l-e)

Parmi les autres actions à envisager, l’école d’été CNRS 2022 de la SPS pourra constituer une manière de faire connaître davantage les études relevant de la philosophie féministe des sciences.

Contacts : Juliette Ferry-Danini (julietteferry2@gmail.com), Julie Jebeile (julie.jebeile@gmail.com) & Youna Tonnerre (youna.tonnerre@gmail.com)  

 

[i] À noter qu’elles sont peut-être partiellement erronées du fait que nos bases de données admettent l’hypothèse de la binarité de genre et ne permettent pas de tenir compte des personnes trans et non-binaires. Le spectre des genres devra y être plus finement défini à l’avenir.

[ii] Nous renvoyons également à : Sarah Arnaud et Cloé Gratton, « Les femmes en philo, qu’est-ce que ça mange en hiver ? », GLAD!, 04 | 2018, https://www.revue-glad.org/1120.